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Nutritional Anthropology The
Bond Effect |
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MIEUX
MANGER ISBN-13: 978-2350000152 GEOFF BOND
CHAPITRE
UN |
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Maintenant Achetez le Livre! VERSION ANGLAISE BRIEFINGS The most recent Newsletters are available by private subscription Et le dernier livre de Geoff Bond (en Anglais) Nutritional Anthropology's Bible: by Geoff Bond |
Dans
une Grande-Bretagne déchirée par la guerre, j’ai passé mon enfance
avec mes grands-parents. Ma grand-mère était une personne particulière :
une végétarienne inspirée d’une mission. Elle croyait fermement en
la nécessité de manger beaucoup de fruits et de légumes crus. Même
en période de guerre, il y avait toujours des rondelles de carottes,
des bâtonnets de céleri et des concombres crus disposés sur la table.
Lorsque j’avais faim, il me suffisait de piocher dans les bols de
crudités pour rassasier mon estomac. Après
la guerre, lorsque mon père fut rentré du front et que toute la
famille fut de nouveau réunie, les mêmes habitudes alimentaires se
maintinrent. Plus tard, alors que j’avais grandi, on me surnommait le
« bébé », en raison de mon teint clair et mes joues
rouges, resplendissantes de santé. Robuste, musclé et râblé, je ne
manquais jamais pour maladie. Mais comme tous les enfants de 8 ans,
j’étais réceptif à toutes les idées nouvelles, bonnes ou mauvaises,
prêtes à s’incruster dans ma tête. * Les
idées, bonnes ou mauvaises, s’installent facilement dans la tête
d’un enfant. * À
l’école, je lisais des brochures en papier glacé, éditées par la
coopérative laitière vantant les bienfaits des produits laitiers
riches en calcium. « Le lait et le fromage sont vitaux pour un
enfant en pleine croissance : ils contribuent à la formation des
os ! » C’est
alors que je mis à développer un intérêt pour la nutrition. Mais
je me heurtai à un problème. Ma famille ne consommait aucun produit
laitier. Boire du lait, c’était pour moi aussi étrange et désagréable
que d’avaler de l’huile de foie de morue ! Lorsque l’on
m’obligea à boire mon lait à l’école1 (1 Avec
l’État Providence, récemment instauré en Grande-Bretagne à l’époque,
tous les enfants avaient non seulement le droit, mais également
l’obligation de boire 1 "gill" 20 cl de lait par jour,
ration fournie gratuitement aux écoles) cela me fit vomir. À l’école,
on me considéra comme un excentrique ingrat. Ces
professeurs bien intentionnés étaient fermement décidés à ne pas me
laisser souffrir d’une carence en calcium. « Finis ton lait »,
me répétaient-ils. « C’est bon pour toi ! » Mais
j’imagine que même pour un maître d’école endurci, ce n’est pas
très amusant d’avoir en face de soi un enfant qui vous vomit au nez.
Ils finirent par se résigner et je fus autorisé à ne pas boire de
lait, même à l’école. Voilà
que j’étais donc un enfant de 8 ans qui «n’avait pas sa dose
de calcium parce qu’il ne buvait pas de lait ». Mon père tira
d’une étagère, un exemplaire du Manuel sur la nutrition édité par
le MAFF 2 (2 Ministère britannique de
l’agriculture, de la pêche et de l’alimentation). Il constituait à
l’époque, comme aujourd’hui encore, le manuel de référence
d’une alimentation saine. Ce
manuel m’apprit que l’alimentation des Britanniques était considérée
par les « autorités » comme insuffisante en calcium. Pour
remédier à cette carence, le gouvernement avait ordonné que de la
craie en poudre soit ajoutée à la farine blanche utilisée dans la
fabrication du pain. J’en
tirai la conclusion évidente : manger plus de pain blanc, et si
possible y ajouter encore plus de craie ! Les
tableaux de composition des aliments, établis par le MAAF, me rassurèrent.
Les sardines, avec leurs arêtes contenaient du calcium. Mes parents étaient
moins rigides que ma grand-mère et ils acceptèrent un premier
compromis. Le poisson fit son entrée dans la composition de mes repas,
et plusieurs fois par semaine, nous mangions des sardines avec du pain
au goûter. Je
n’avais que 8 ans et je n’avais pas encore développé le
scepticisme nécessaire à l’interprétation de cette information.
Mais même à cet âge tendre, je ne comprenais pas bien comment les arêtes
de sardine que je consommais pouvaient trouver le chemin jusqu’à mes
propres os. Je
succombai alors à un phénomène classique. En voulant mieux faire, je
m’ingérais dans des questions que je ne comprenais qu’à moitié.
Je me mis à rejeter le pain complet, constituant autrefois la base de
mon alimentation, au bénéfice du pain blanc, certes moins nourrissant
mais enrichi en calcium ! Depuis
la Seconde Guerre mondiale, les gouvernements de tous les pays
ordonnaient qu’un nombre croissant de nutriments soit ajouté à
l’alimentation de base de leurs peuples. Ce n’est que des décennies
plus tard que je remis cette pratique en cause. Pourquoi
l’alimentation moyenne comporte-t-elle autant de carences en minéraux
et en vitamines ? Pourquoi des aliments de base, tels que le pain,
la farine et les céréales doivent-ils être « enrichis » ? À
peu près à la même époque, les parents de mes camarades de classe me
posèrent des questions étranges sur les protéines. « Que
faites-vous pour les protéines ? » Les slogans publicitaires
nous incitant à manger des côtelettes d’agneau « pour les protéines »
me dérangeaient. Une fois de plus, les tables nutritionnelles du MAFF
me rassurèrent. Les protéines sont présentes dans quasiment tous les
végétaux, et en particulier dans les haricots blancs, omniprésents
dans l’alimentation d’après-guerre des Britanniques. Je
ne découvris que plus tard que cette approche simpliste de
l’alimentation ne se suffisait pas à elle-même. Le simple fait
qu’une analyse de laboratoire mette en évidence la présence de telle
ou telle molécule dans un aliment, ne signifie pas pour autant que le
corps va l’utiliser. De plus, il existe de nombreuses molécules
essentielles à la santé qui n’ont pas encore été identifiées. En
effet, l’une des lacunes notoires des connaissances humaines est notre
ignorance sur la composition exacte de la nourriture, la manière dont
notre corps l’absorbe, ainsi que l’usage qu’il en fait. Mais
revenons à mon histoire… Je
commençai donc à m’intéresser peu à peu à la chimie du corps et
à la chimie de la nourriture. Je possédais mon propre laboratoire dans
l’atelier. J’étais régulièrement le premier de la classe. J’étais
bien parti pour devenir un alchimiste de la nutrition scientifique, rêvant
du jour où nous pourrions satisfaire, grâce à quelques pilules, tous
nos besoins en nutriments. Mes
premiers doutes naquirent au cours de ma première année universitaire
lors d’un stage dans une grande brasserie. Je travaillais dans le
laboratoire, dont la seule tâche consistait à trouver des ingrédients
meilleur marché que le houblon et le malt, ingrédients traditionnels
utilisés dans la fabrication de la bière. Je fus atterré par les
« progrès » réalisés. Cette
boisson nationale n’était rien d’autre que de l’eau sucrée
fermentée, agrémentée de toute une gamme d’arômes et de colorants.
Mais même cette mixture n’était pas suffisamment bon marché pour le
brasseur : le caramel était un colorant encore trop cher. Il était
utilisé pour donner à la bière sa couleur brune. Notre mission
consistait à trouver un substitut meilleur marché que le substitut jugé
trop cher ! Finalement,
cette bière perdit, à juste titre, toute crédibilité auprès des
buveurs. Les ventes chutèrent et elle fut retirée du marché.
Toutefois, même dans mes pensées les plus folles, je n’avais pas
imaginé que la même chose puisse se produire avec des aliments
essentiels aussi fondamentaux que le pain. Un
autre stage d’études me conduisit à Saragosse, une grande ville
provinciale d’Espagne. Au début des années 1960, l’Espagne était
un pays pauvre, marqué par l’avant guerre civile et le Général
Franco. Retour dans le passé. Je
logeais chez une famille espagnole. Pour me faire plaisir, ils me demandèrent
ce que je prenais au petit déjeuner. N’ayant pas aimé l’huile
piquante servie avec le dur pain espagnol, je leur demandai s’ils
avaient du beurre. Ils
se regardèrent, interloqués. Je vérifiai dans mon dictionnaire
bilingue pour être sûr d’avoir employé le mot juste et leur montrai
le terme du doigt. Ils furent encore plus surpris et cherchèrent le mot
dans un dictionnaire espagnol où ils trouvèrent la définition du mot
« beurre ». Ces
Espagnols, un peuple européen qui avait colonisé de grandes parties du
monde, un peuple qui avait battu les Anglais pendant des siècles, n’avait
quasiment jamais entendu parlé du beurre ! Pour
la première fois, je réalisai que les produits laitiers étaient
considérés par la majorité des peuples comme une denrée exotique et
bizarre. C’est
à cette époque que de nombreux Antillais émigrèrent en Grande-Bretagne.
Une circulaire fut publiée dans les écoles indiquant « ne forcez
pas ces nouveaux arrivants à boire le lait donné à l’école ;
nombre d’entre eux ne le tolèrent pas. » Enfin une
reconnaissance officielle ! Mais qu’en était-il des autres
enfants ? On
ne répondit que plus tard à cette question mais un tournant était
marqué. Je me sentais très inspiré par les histoires des grandes
explorations, par l’idée de « dompter les forces de la nature
au profit de l’être humain » 3 (3 devise
de l’institut des ingénieurs civils).
Je décidai d’étudier les sciences dures et d’acquérir les compétences
nécessaires pour aider les régions sous-développées du monde. Je
m’imaginais en train d’escalader les montagnes avec un théodolite,
de construire les premières voies ferrées et les premiers canaux. J’étais
marqué par l’esprit des pionniers qui avaient désenclavé les zones
obscures de lointains continents. Comme le docteur Livingstone, je
voulais vivre parmi la population locale, comme elle, et parler sa
langue. Après
avoir acquis les qualifications professionnelles requises,
j’approvisionnai effectivement des villages isolés en eau et je fis
percer de nouvelles routes à travers la brousse en Afrique de l’Ouest,
du Nord et au Moyen Orient. Pendant
toute cette période, j’étais essentiellement guidé par mon intérêt
pour les peuples, les langues et les cultures. Je voulais appréhender
leur histoire, en savoir plus sur leurs migrations d’autrefois et leur
identité culturelle. Mais je cherchais avant tout des informations sur
leur alimentation. Je
poursuivis mes missions : l’Asie, la Polynésie, l’Australasie.
Toutes mes croyances en matière d’alimentation s’écroulèrent. Ou
que j’aille, les gens se nourrissaient d’une manière extrêmement
variée. Certains peuples semblaient s’en porter mieux que d’autres,
il ressortait toutefois d’une manière générale que lorsqu’un
peuple de culture primitive adoptait les habitudes alimentaires
occidentales, on constatait une détérioration de la santé de la
population et une diminution de l’espérance de vie. Comment cela était-il
possible ? Cela signifiait-il qu’à chaque peuple convenait sa
propre alimentation ? Depuis
la dispersion de l’homo sapiens au-delà de l’Afrique il y a 50,000
ans, 2,000 générations
seulement se sont succédées. Suffisamment de temps certes pour faire
apparaître des différences raciales superficielles, mais pas beaucoup
plus. Cela revient-il donc à dire que le régime alimentaire occidental
est également mauvais pour les occidentaux ? J’eus
un jour l’occasion d’être invité à manger chez le chef d’une
tribu Berbère dans les montagnes de l’Atlas au Maroc. Il s’agissait
d’une occasion spéciale, et donc une grande fête devait avoir lieu.
Nous allions déguster un « méchoui », un mouton rôti. Des
braises fumantes furent réparties dans un trou creusé dans la terre.
Le mouton entier fut placé sur les braises, et le tout recouvert de
terre. On laissa mijoter ainsi pendant plusieurs heures. Le
mouton rôti fut présenté entier sur un immense plateau en laiton bordé
d’échancrures dans lesquelles furent servies des épices :
cumin, poivre, safran, piment… Il y en avait des dizaines. Le
chef présidait et il enfouit lui-même ses mains dans la chair grillée
afin d’en retirer les morceaux de choix à se répartir. J’étais
l’invité d’honneur et je le regardai avec effroi découvrir les
testicules de leur membrane, qu’il me tendit, à moi quasi-végétarien
que j’étais. Je
fis un suprême effort pour montrer de l’enthousiasme en simulant
d’en grignoter un morceau tandis que le chef m’observait avec une généreuse
bonhomie. À peine eut-il détourné son attention que je glissai ces
morceaux de choix sous le bord du plateau en laiton. Je
cherchai partout quelque chose d’autre à manger. Il n’y avait rien.
Pas de frites, pas de riz, même pas de cous-cous, et pas la moindre
trace d’un légume vert. Juste ce mouton rôti. Ce fut pour moi une leçon
qui allait m’être enseignée par la suite à plusieurs reprises.
Certains peuples, lorsqu’ils mangent de la viande, la mangent seule.
À l’autre bout du monde, les Fidjiens cannibales avaient l’habitude
de cuire et de servir leur sinistre plat exactement de la même manière.
Aucune frite en vue ! Ce
ne fut que bien plus tard que je compris par hasard la justification
physiologique de la dissociation des aliments. Certains ouvrages consacrés
à l’alimentation, reprirent les premières théories du docteur
Shelton, et avant lui, du docteur Hay. Ces derniers affirmaient que la
dissociation des aliments est un facteur essentiel pour maîtriser les
troubles de la digestion, les problèmes de santé et pour vaincre
l’obésité. Pourquoi
n’avais-je pas entendu parler de la dissociation des aliments ?
Je parcourus mes anciens ouvrages universitaires sur l’alimentation
humaine. J’y trouvai, au détour d’une phrase, de précieux
commentaires tels que « pour être bien digérés, les féculents
ont besoin d’un environnement alcalin, les protéines d’un
environnement acide. Il est donc recommandé (de manger) les féculents
en fin de repas. » 4 (4 Human nutrition,
Barasi & Mottram, Hodder & Stoughton). Ainsi,
en 1948, on savait déjà qu’il est important de veiller à la façon
dont les différents aliments réagissent entre eux ! Cette subordonnée
apparemment insignifiante, n’était que la partie visible de
l’iceberg. Peu à peu, nous commençons à comprendre l’extrême
complexité du processus de digestion et à découvrir les fondements
physiologiques du « principe de la dissociation des aliments ». Entre-temps,
je m’informai sur les dernières évolutions dans des revues
professionnelles. Sur tous les plans, des découvertes étaient réalisées.
On apprit que les peuples du Moyen Orient qui inventèrent
l’agriculture en faisant pousser des céréales il y a 10 000 ans,
agirent sans doute sous la contrainte. Ils le faisaient en effet par périodes,
et interrompaient cette pratique pendant plusieurs siècles. Le travail
qui consistait à moudre les céréales en farine était un dur labeur,
qui usait et déchirait les os des travailleurs d’une manière
anormale. Ils devinrent plus petits et leur espérance de vie diminua.
Pourquoi supportaient-ils alors cela ? Des
spéculations ont été émises sur la façon dont ils consommaient la
farine qu’ils fabriquaient (le pain ne fut inventé que 3 000 ans
plus tard). Mes connaissances sur les aborigènes me permirent
d’apporter la réponse à cette question : en périodes
difficiles, les aborigènes récoltent les céréales et les moulent
entre deux pierres. La farine ainsi obtenue est ensuite transformée en
petites galettes qu’ils font cuire sur les braises d’un feu. La
cuisson est importante car les êtres humains ne sécrètent pas les
enzymes nécessaires à la digestion de la farine crue. J’en
conclus que les humains ne sont, par nature, pas conçus pour manger et digérer les
céréales. Ceci signifie-t-il que la biochimie de l’être humain
subit un stress lorsque nous consommons ce type d’aliment ? D’autres
découvertes faites en Afrique orientale sur nos ancêtres vivant en
bordure de la forêt tropicale, berceau de l’humanité, nous permirent
d’en savoir davantage sur leur style de vie et sur leurs habitudes
alimentaires. Je calculai que 2 000 générations seulement se
sont succédées depuis que nos ancêtres ont quitté leur région
d’origine. Notre organisme est, à tout point de vue, identique au
leur. Que
mangeaient donc ces ancêtres du Pléistocène ? On peut dire
qu’ils balayaient le territoire à la recherche de tout ce qu’ils
pouvaient trouver. Les recherches montrèrent qu’ils n’étaient pas
les grands chasseurs qu’on les vantait d’être et que la viande
n’avait pas une part aussi importante dans leur alimentation. Ces mêmes
recherches ont également mis en évidence le fait que la viande sauvage
possédait des propriétés bien différentes de celles de la viande
actuellement disponible en supermarché. De
retour à Londres après l’un de mes voyages, je me rendis chez mon
dentiste pour un contrôle. C’était un nouveau dentiste, un
Sud-Africain. Après m’avoir examiné, il dit : « Vous avez
une bouche en très bonne santé et des dents aussi solides qu’un
Africain. » « Qu’entendez-vous
par là ? », lui demandai-je. Il
répondit assez vaguement : « La salive des Africains est
mieux équilibrée et tue les bactéries. » Malgré
mon insistance, il ne fut pas en mesure de me préciser davantage son
affirmation. Je me renseignai sur la question. Nous savons maintenant
que même la qualité de la salive dans notre bouche peut être détériorée
par des habitudes alimentaires différentes de celles qui nous
conviennent naturellement. Mais quelles sont donc ces habitudes
alimentaires qui nous conviennent naturellement ? D’autres
informations nous furent révélées par des études en biochimie et en
ethnologie. En clair, certains aliments, que nous, occidentaux, considérions
comme « naturels », se sont révélés avoir un effet néfaste
sur la santé. L’une des premières brebis galeuses fut rapidement
identifiée : le cholestérol, très rapidement suivi par les
graisses saturées. De nombreuses études montrèrent que la
consommation de graisses saturées avait un rôle important dans
l’apparition des maladies cardio-vasculaires, des cancers, ainsi que
de l’arthrite et des allergies. De
même, les études démontrèrent que les personnes consommant beaucoup
de fruits et de légumes étaient également celles qui étaient en
meilleure santé et qui vivaient le plus longtemps. J’avais
remarqué que les Africains vivant dans les zones rurales, qui
mangeaient beaucoup de fibres, ne souffraient d’aucune maladie
intestinale telles que la constipation, la diverticulose et le cancer du
côlon. Ces observations fortuites furent confirmées par des études
scientifiques révolutionnaires. D’autres études montrèrent que les
fibres des céréales sont moins bonnes que la fibre « soluble »
que l’on trouve dans les plantes colorées. Cette nuance intéressante
sur les sortes de fibres auxquelles les êtres humains sont mieux adaptés
est traitée au chapitre 4. Au
début des années 1980, j’entendis parler d’études pionnières sur
la tolérance du glucose sanguin. Les résultats ébranlèrent les
quelques membres de la communauté médicale qui y prêtèrent
attention. Ces études mirent en évidence le fait que certains aliments
très communs, tels que les céréales, les graines, les pommes de terre
et le sucre, avait une influence extrêmement négative sur la capacité
du corps à contrôler le niveau de sucre dans le sang. Chez nombre de
personnes, le mécanisme de contrôle est incapable de surmonter ce
stress et les personnes tombent malades, parfois même gravement. Depuis
lors, une série d’études a permis d’approfondir et d’élargir
nos connaissances sur le phénomène. En clair, le corps humain n’était
pas naturellement adapté à ces aliments. Ceci explique pourquoi les
Esquimaux, les Aborigènes, les Navajos, les Polynésiens et de nombreux
autres peuples, lorsqu’ils sont devenus « civilisés » et
qu’ils ont adopté le régime alimentaire occidental riche en hydrates
de carbone, se sont mis à souffrir d’obésité et de diabète. La
santé des Occidentaux n’a pas été épargnée non plus par ces
attaques ! Ces
aliments présentent-ils d’autres inconvénients ? Je me rappelai
mon enfance, lorsque je mangeais du pain pour absorber plus de calcium,
lorsque le législateur avait imposé l’ajout d’un nombre croissant
de minéraux et de vitamines pour « enrichir » divers
produits à base de céréales. J’en
tombai à la renverse. Ces aliments de base, comme le blé, le pain, le
riz, les céréales du petit déjeuner, dont tout le monde « savait »
qu’ils constituaient la base de l’alimentation, ne l’étaient en
fait pas du tout. Ce ne sont que
des aliments « mieux adaptés » à la consommation humaine
à condition de leur ajouter un tas d’oligo-éléments toujours plus
nombreux ! * Les
dits « aliments de base » sont tellement carentiels en
oligo-éléments que les gouvernements imposent de les « enrichir ». * Notez
l’expression « mieux adaptés ». Bien qu’enrichis, ces
aliments de base de l’alimentation occidentale ne sont que de pauvres
substituts de « l’alimentation authentique ». Mais quelle
est-elle donc, cette alimentation authentique ? À
cette époque j’étais un cadre supérieur surmené parcourant le
globe, m’alimentant dans les avions et les hôtels-restaurants, avec
un appareil digestif en perpétuel décalage horaire. Ma santé était
étonnamment bonne mais j’avais à lutter contre 3 kg en excès. Je
pris un peu de temps pour me plonger dans les profondeurs de la Bibliothèque
nationale britannique et pour rassembler toute la connaissance existante
sur le comportement alimentaire de l’être humain. Une
sagesse populaire bien ancrée est difficile à désarçonner, même
dans une communauté scientifique, même si les preuves apportées sont
évidentes. Les chercheurs des hominidés du Pléistocène rencontrèrent
des difficultés pour faire accepter leur dernières découvertes.
Depuis mes études, dans les années 1960, on a découvert que les
humains vivaient davantage de la cueillette que de la chasse. Je
tombai sur les récits des explorateurs victoriens sur les habitudes
alimentaires des Esquimaux. Je relus les articles scientifiques des années
1930 qui décrivaient les expériences réalisées sur deux explorateurs
de l’Arctique. Ces volontaires courageux vécurent au service « métabolisme »
de l’hôpital Bellevue de New York où ils ne mangèrent que de la
viande grasse, parfois crue, pendant toute une année ! Leurs
fonctions vitales étaient suivies et contrôlées régulièrement et
l’expérience aboutit à des conclusions positives quant à l’impact
de cette alimentation sur leur santé. Mais
toutes les études n’ont pas la même valeur. Certaines sont réalisées
consciencieusement et d’autres beaucoup moins. Certains types
d’études sont par définition plus crédibles que d’autres. Nombre
d’entre elles sont biaisées par les préjugés des chercheurs qui
concluent que leur théorie favorite est confirmée, même si le
contraire a été démontré. J’avais pris l’habitude de lire entre
les lignes et de vérifier par qui les études étaient financées.
Celle-ci l’avait été par l’Institut américain de l’emballage de
la viande ! En
étudiant les résultats de plus près, je découvris que les
volontaires avaient souffert d’un déséquilibre calcique constant. Un
régime riche en viande implique-t-il donc une déminéralisation
osseuse ? Je
consultai de nouveau toutes mes revues professionnelles. Que savons-nous
des habitudes alimentaires des Égyptiens de l’Antiquité et des
aborigènes d’Australie? Quelles sont les dernières thèses des
archéologues forensiques sur l’alimentation et le régime alimentaire
de nos ancêtres préhistoriques ? Comment
fonctionnent notre système digestif, nos mâchoires et nos dents par
rapport à ceux des carnivores, granivores (mangeurs de céréales) et
des lactivores (bébés non sevrés) ? 5 (5
Le terme de lactivore s’applique aux
consommateurs « naturels » de lait, c’est-à-dire aux bébés
non sevrés d’une espèce. Une fois sevrés, leur corps n’est plus
adapté à la consommation de lait. L’Homme est la seule créature à
nier cette réalité et à continuer de consommer du lait à l’age
adulte, de surcroît celui d’autres espèces).
Comment
fonctionnent-ils par rapport à ceux d’autres créatures très proches
de l’Homme tels que les grands singes anthropoïdes ? L’ADN
d’un gorille est pratiquement identique (à 98 %) à celle de
l’être humain. Bien
plus récemment, apparut un outil totalement nouveau, inattendu et extrêmement
performant : l’analyse d’ADN. Il nous a fourni des informations
sur l’évolution de l’Homme que l’on croyait enfouies à jamais
dans la nuit des temps. Grâce à cette méthode, totalement indépendante
de l’analyse des fossiles, nous disposons d’informations formelles
sur la localisation des origines de l’Homme. En outre, elle nous a
permis de découvrir que nos ancêtres avaient quitté cette région très
récemment (il y a 2000 générations
seulement) et que leur organisme était pour ainsi dire identique au nôtre.
Peu
à peu, je rassemblai les pièces du puzzle et commençai à voir plus
clair. Ce ne fut pas facile pour moi. Plus loin dans ce livre, j’évoquerai
la nécessaire remise en cause de ses propres préjugés. Je sais ce que
cela implique car j’ai moi-même dû me remettre en cause. J’avais
été très tôt conditionné à penser que les êtres humains étaient
par nature végétariens. Mais lorsque tous les éléments se mirent peu
à peu en place, il apparut clairement que la viande animale représentait
une part, certes modeste, mais essentielle de l’alimentation
naturellement adaptée à l’Homme. Nous évoquerons plus loin la
nature de cette viande et en quoi la viande d’aujourd’hui n’a rien
de commun avec la viande naturellement adaptée à l’Homme. Ce fut une
piètre consolation pour moi de découvrir que l’alimentation des
Occidentaux est en partie nocive, non pas parce que nous mangeons de la
viande, mais parce que nous ne mangeons pas la bonne viande. Nous en
mangeons également beaucoup trop. Arrivé
à cette conclusion étrange, j’étais en mesure de prendre du recul
et d’observer le tableau dans son ensemble : l’alimentation
convenant par nature à l’espèce humaine. * La
dernière pièce du puzzle fut mise en place révélant le régime
alimentaire naturel de l’être humain. * Ce
n’était que le début. Comment ce régime alimentaire naturel était-il
compatible avec les découvertes des autres scientifiques sur les
habitudes alimentaires dites « saines » ? Il existe
littéralement des centaines de milliers d’études scientifiques publiées
sur le sujet dans des journaux scientifiques, revues par des collègues.
Ces dernières constituent (ou devraient constituer) la référence, car
elles rapportent les résultats d’expériences conduites avec intégrité,
honnêteté et fidélité à la réalité. Je
rassemblai et parcouru des milliers d’articles de ce type. Une grande
partie d’entre eux traitent des tests
alimentaires cliniques. Les meilleurs de ces essais sont ceux réalisés
en double insu avec résultats
croisés sur au moins plusieurs centaines d’individus divisés en deux
groupes, un groupe test, qui essaye un nouveau régime alimentaire et un
groupe de contrôle, qui ne modifie en rien son alimentation habituelle. Ces
études sont parfois réalisées sur plusieurs années, au moins cinq ou,
mieux encore, dix ans. Les résultats sont parfois si spectaculaires que
le test est interrompu avant la fin pour permettre au groupe de contrôle
de bénéficier des résultats du test. Les
études épidémiologiques sont également nombreuses. Elles visent
l’ensemble d’une population et s’intéressent à l’impact de son
alimentation et d’autres facteurs sur sa santé. Bien
qu’à l’origine les êtres humains soient des créatures tropicales,
nous vivons maintenant dans des pays non tropicaux et nous avons donc
divers modes d’alimentation différents. La planète ressemble
aujourd’hui à un immense laboratoire, aux quatre coins duquel sont
effectuées des expériences. Voilà une opportunité idéale pour étudier
statistiquement les répercussions des différents modes de vie sur la
santé et l’espérance de vie. Quoique
moins précises que les études cliniques, ces études épidémiologiques
sont fascinantes et permettent de dégager des tendances. L’une des
difficultés consiste à exclure les facteurs « prêtant à
confusion ». Par exemple, les Japonais ont une espérance de vie
beaucoup plus longue que les Américains, mais ils fument également
beaucoup plus ! Les Japonais vivent-ils plus longtemps parce
qu’ils fument ou bien malgré le fait qu’ils fument ? Des
méthodes statistiques complexes permettent aujourd’hui de filtrer ces
effets et de dégager ainsi des tendances claires. Pour
récapituler, une multitude d’études scientifiques ont été examinées
avec minutie. Certaines sont plus fiables que d’autres. Il faut
parfois savoir lire entre les lignes ou même contacter le chercheur
pour savoir ce qui a été supprimé par la commission de pairs. Toutes les études ont
dû être considérées avec un grand scepticisme. Néanmoins,
après toutes ces considérations, l’ensemble des études conduisait
au même résultat, à savoir au régime alimentaire naturellement adapté
à l’Homme que j’avais déjà identifié. Merveilleux ! Subsiste
toutefois juste un petit problème… Le
monde dans lequel nous vivons n’est plus le même, nous n’arpentons
plus la forêt tropicale, nous arpentons maintenant les couloirs des
supermarchés. Notre héritage et notre instinct aiguisé pendant des
millions d’années pour sélectionner la nourriture adéquate dans la
savane de l’Afrique de l’Est nous sont-ils utiles dans un fast food ?
A l’évidence, non ! La
deuxième partie du défi que je mettais lancé restait à résoudre.
Comment identifier et hiérarchiser les choix alimentaires que l’être humain doit faire
dans la vie de tous les jours. Que faire de toutes les nouveautés qui
ont envahi l’alimentation humaine depuis des millénaires ? Que
faire de la caféine, du vin, du sirop d’érable, des pâtisseries,
des plats préparés à réchauffer au four à micro-ondes, de la
charcuterie, des bonbons, des pizzas et de milliers d’autres aliments
encore ? De
retour à la Bibliothèque nationale britannique, je me consacrai aux
publications professionnelles et à l’industrie alimentaire. Cette
dernière peut nous être utile dans une certaine mesure. En effet, prête
à révéler tout ce que la loi l’oblige à divulguer ou tout ce qui
est à son avantage, elle reste très discrète sur tout le reste.
Qu’elle soit autorisée à vendre, en vue d’être
consommés, des produits dont la composition (1) (1.
l’indication obligatoire des ingrédients entrant dans la composition
des produits ne que de vagues informations.)
et le procédé de fabrication sont secrets est scandaleux.
L’alimentaire devrait être la dernière des branches où le
consommateur achète à l’aveuglette. J’ai
passé plusieurs années à répertorier, trier et classer un grand
nombre d’aliments nouveaux, c’est-à-dire des aliments intégrés
dans notre alimentation humaine depuis la
naissance de l’agriculture, il y a environ
10 000 ans. Je les ai étudiés pour mettre en évidence leurs
atouts, et, s’ils en ont, leurs inconvénients. Le
fruit de mon travail a donné naissance aux principes de la « méthode
Bond ». Il s’agit du mode d’alimentation compatible à la vie
actuelle, naturellement adapté à la race humaine. Cette
philosophie a suscité un grand intérêt et a
inspiré de nombreux adeptes. En quoi consiste-t-elle donc ?
Quels sont ses avantages ? La suite de cet ouvrage a pour but de répondre
à ces questions. * La
méthode Bond est
un mode d’alimentation en harmonie avec notre programmation génétique. * |
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